HISTOIRE DU LUSITANIEN

Les peintures dans les cavernes de Pileta près de Ronda en Andalousie nous prouvent que dès le paléolitique et le néolitique, des chevaux existaient dans la peninsule Ibérique. Cette première population équine était composée de petits chevaux d’origine asiatique, proches des Tarpans dont le descendant est l’actuel poney Sorraïa.

Le cheval Lusitanien trouve ses origines au Portugal (la Lusitanie est l’ancien nom du Portugal quand elle était encore une province romaine) dans la région historique de l'Alentejo. Cette race est considérée comme l'une des plus anciennes et des plus nobles au monde, avec des preuves de son existence remontant à plus de 2000 ans.

Au cours de l'Antiquité, la péninsule ibérique a reçu un apport de chevaux venus d’Afrique du nord de type Berbère.

Lors du IIe siècle avant J.C, les Romains, ont conquis la péninsule ibérique, apportant des chevaux de guerre robustes et résistants, qu’ils ont croisés avec les populations autochtones, donnant naissance à une nouvelle lignée de chevaux ibériques.

Plus tard, les Maures, un peuple d'origine berbère et arabe, ont occupé la péninsule ibérique pendant près de huit siècles, du VIIIe au XVe siècle. Pendant cette période, ils ont énormément contribué à l'évolution de la culture, de l'architecture, de la langue et de l'élevage en Espagne et au Portugal.

En ce qui concerne les chevaux, les Maures avaient une grande tradition d'élevage de chevaux d'élite. Ils ont introduit leurs propres chevaux, réputés pour leur beauté, leur endurance et leur agilité, dans la péninsule ibérique. Ils étaient également connus pour leur intelligence et leur docilité, ce qui en faisait des montures idéales pour la guerre et la chasse. Le cheval Barbe était ainsi croisé avec les chevaux autochtones de la péninsule. Ce croisement a donné naissance à une nouvelle race de chevaux qui a hérité des meilleures qualités de ses ancêtres.

Au Moyen Âge, les montures des chevaliers étaient puissantes et massives. Le cavalier, chaussant des étriers très longs, était presque debout sur sa lourde monture. Cette équitation « a la brida », était sommaire et brutale avec des mors aux branches démesurées et d’énormes éperons. La mobilité du cheval caparaçonné était très réduite, et la guerre était basée sur la charge directe sans autre recherche de tactique.

Cependant, confrontés à des adversaires montant des chevaux agiles et rapides, ils ont dû faire évoluer leur stratégie de guerre.

Ce sont les Arabes qui ont introduit dans la péninsule Ibérique une équitation radicalement différente avec des étriers beaucoup plus courts, permettant aux cavalier de garder leur équilibre dans le combat et d’avoir une efficacité accrue. Ce fut l’équitaion dite « a la gineta ». La guerre n’était plus basée sur la charge mais sur le combat rapproché qui exigeait du cavalier une grande adresse et du cheval une parfaite disponibilité. Le cheval ibérique, avec sa souplesse et sa tonicité, s'avérait parfaitement adapté aux exigences de la guerre moderne. Les cavaliers pouvaient tourner, pirouetter, arrêter et retirer leurs chevaux avec rapidité et facilité, tout comme les toreros actuels. Sa renommée grandissante en faisait le cheval le plus recherché d'Europe à cette époque. L'art de son entraînement devenait le passe-temps privilégié de la noblesse, marquant ainsi les débuts du dressage tel que nous le connaissons aujourd'hui.

Au XVIe siècle, avec l'exploration et la colonisation du Nouveau Monde, les chevaux ibériques, y compris les Lusitaniens, ont été exportés par les conquistadors espagnols et portugais. Ils ont joué un rôle essentiel dans les guerres et les batailles en Amérique du Sud, ainsi que dans l'élevage de bétail des ranchs de la région. C’est ainsi que les chevaux ibériques sont à l'origine de toutes les races de chevaux présents en Amérique du Sud et en Amérique du Nord étant donné que les chevaux avaient disparu du continent depuis plusieurs milliers d’années.

Il est impossible de parler du cheval lusitanien sans évoquer l’œuvre des moines de Chartreux. En effet, la quasi-totalité des Lusitaniens aujourd’hui a du sang cartujano (chartreux) dans les veines. Dans le monastère de Jerez en Andalousie les moines procédèrent, dès la fin du quinzième siècle, à une sélection basée sur une remarquable compétence zootechnique. Les moines réussirent à fixer une type appelé « cartujano », qui devait se maintenir au fils des siècles et qu’on retrouve encore aujourd’hui chez le pur-sang Lusitanien.

Group of mares showing the variety of coat colours typical of the 18th century Iberian Horse (detail from a picture by G. Hamilton belonging to the Spanish Riding School of Vienna)

Au dix-septième siècle, le genêt d’Espagne est admiré dans les maneges d’Europe. Le cartujano, maintenant appellé le cheval Andalou, constitue désormais un cheval au caractère docile, aux modèle harmonieux, « fait pour le manège » comme le dit Newcastle et tous les grands noms de l’équitation de l’époque. Ce cheval Andalou est loin du petit cheval celtibère, aux lignes heurtées et crins rêches. Seul l’éclat d’une robe isabelle ou la présence d’une raie de mulet rapellent une partie des origines de ces chevaux désormais si aboutis.

Typical Iberian stallion from the 18th century painted by Laurent de Witte (photo kindly given by Paulo D. Colnaghiang Co. Ltd., London)

À la fin du dix-huitième siècle apparaît une anglomanie qui se fait sentir dans de nombreux domaines. L’esprit brittanique privilégie une vision plus naturelle et moins sophistiquée. L’équitation d’extérieur, sportive et dynamique détrône l’austère travail de manège. Les courses de chevaux se développent et mettent sur le devant de la scène le pur-sang anglais et l’anglo-arabe.

Parallèment décline en Espagne l’art de la tauromachie, peu appriecié des Bourbons d’origine française, ce qui oriente l’élevage des Chevaux Espagnols vers la beauté et moins vers la fonctionalité. Au Portugal l’art dde la tauromachie reste pratiqué par les familles terriennes, qui y voient le maintien d’une précieuse tradition et un moyen de sélection des chevaux et taureaux de leurs élevages.

Les guerres de Napoléon vont entamer fortement les effectifs de chevaux en Espagne et Portugal. Il fallut attendre presque la fin du vingtième siècle pour que la diversification du panorama sportif et la revalorisation de l’art équestre, par le bias notamment du Maître Nuno Oliveira, fassent reconnaître le cheval Iberique de qualité. C’est ainsi que le plus ancien cheval de selle du monde entame son deuxième âge d’or.

Aujourd’hui le cheval Lusitanien est réputé pour son élégance, son intelligence, sa docilité, rapidité et agilité, ce qui en a fait un cheval polyvalent, utilisé aussi bien en dressage qu’en équitation de travail ou en attelage. Sa locomotion reste fondamentalement differente de celle des chevaux du Nord : le Lusitanien « attaque » le sol avec un geste énergique, harmonieux, élevé et arrondi, jamais rasant.

Son caractère est d’une douceur absolument extraordinaire et d’une stabilité que seul son voisin espagnol peut égaler. Son intelligence fine et sa grande sensibilité le rend doué pour la compréhension des désirs de son cavalier, ce qui en fait un cheval de selle et et compagnie incomparable.

Le cheval Lusitanien aujourd'hui